© 2017 par Julien Tardif.

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Jeuneusse des deux rives : un destin commun

Le cas des relations franco-marocaines (2012-2017)

Vienne, aout 2017

Ces temps troubles en France, après les attentats successifs de Paris, de Nice et l’assassinat d’un prêtre, près de Rouen, voient une partie de notre jeunesse, répondre aux clairons de dogmatismes qui veulent la mort de nos démocraties et attisent la haine entre communautés. Face à ces évènements qui cherchent à diviser, nous pensons dans le cadre des outils à disposition de la protection de l’enfance (sous mandat administratif ou judiciaire), que le déplacement, et le détour par l’expérience commune avec les professionnels, à l’étranger, créent de l’instabilité pour que le jeune puisse entendre un contre discours de l’adulte.

 

Par la médiation entre les arts et la culture, le dialogue peut se renouer, le lien devient possible. Cette médiation culturelle permet aux jeunes de mieux appréhender les différences et évite le communautarisme. La « pratique éducative par ricochet » dans le quotidien en partage, chère au psychologue lyonnais, Paul Fustier[1], nous invitait à de tels détours : démontrer ainsi que travailler les questions de processus identificatoire par les enjeux culturels sont des démarches fondamentales au processus d’intervention clinique et éducatif en contexte de protection administrative ou judiciaire. 

 

Concilier le « faire pour apprendre » avec « l’histoire pour comprendre » est notre ambition pédagogique qui doit faire sens également, pour la communauté du pays hôte. Aller à la rencontre d’une culture de la tolérance, y expérimenter des attitudes, des pratiques de coopérations du quotidien et à visées professionnalisantes, pour revenir en France, fort de ce vécu. Oeuvre pédagogique qui offre, repères et ressources, pour mieux comprendre la sociologie de la société française, et investir son avenir autrement que sous impulsion de la rancoeur, voire de la haine, qui bloque les apprentissages.  

Dans l’évolution de la législation et de la clinique en protection de l’enfance, l’environnement et l’âge du mineur sont deux variables essentielles pour diagnostiquer les risques de danger. Il s’agit d’éviter un biais psychologique de la définition des théories de l'attachement en seul contrepoint de la négligence dans l’environnement familial. Nous privilégions la notion de « malveillance » à l’heure où l’enfant est en mesure de gagner en liberté pour explorer d’autres liens d’attachements. 

 

Plus l’enfant avance en âge, plus ouvrir le champ d’investigation sur une vision large de l'environnement est fondamental. Les éthiques du soin en philosophie, ou la phénoménologie sociale sont des appuis à la démarche clinique en action sociale pour travailler une notion de danger propre aux adolescents : la "malveillance" envers autrui  . Cela permet d'intégrer à la démarche de sureté en action publique, les signes à bas bruits qui sont autant de risques de radicalisation politico-religieuse ou d'entrée dans la «carrière» de la délinquance.

 

C'est alors la question de la liberté qui pointe et non plus seulement l'égalité que nous soulevions à propos de la négligence. La malveillance vient toucher du doigt un ensemble de risques, ceux de l'exploration de son environnement social et la construction des attachements afférents dans l’ajustement entre socialisation familiale et socialisation en groupes de pairs.

 

Les "malveillances" sont à davantage théoriser en protection de l'enfance pour mieux comprendre l'environnement social, éducationnel, économique, politique et leur jeu d’influence. Le désir de liberté et d'autonomie d’une jeunesse contemporaine qui peut se chercher dans la violence des jeux vidéos, dans l’addiction aux réseaux sociaux, dans la radicalisation de toute sorte qui se retourne contre les démocraties, est symptomatique de ce que le politique ne lui offre plus. Un avenir respectueux de la diversité des formes légitimes de vie.

L’expertise issue de notre pratique éducative et formative nous indique que nous souffrons de trop de cloisonnement dans nos pratiques d’accompagnement. Ce modèle cloisonné n’assume pas pleinement l’importance de la conjonction des volets cliniques avec l’expérimentation d’engagement citoyen pour le vivre ensemble. Nous considérons ainsi à l’appui des travaux contemporains en psychiatrie et psychosociologie que les troubles psychiques et souffrances sociales contemporains sont autant « d’empêchements d’accomplissements » et de réalisation de soi.

La volonté marquée de cette démarche, est de proposer un modèle « inclusif » où le parcours de suivi médico-social n’est plus séparé des enjeux de l’apprentissage au vivre ensemble en contexte multiculturel à la découverte d’un patrimoine matériel et immatériel aussi riche que celui du Maroc.

 

Notre hypothèse est que plus les structures d’accompagnements ou d’accueil en solution d’hébergement des jeunes sont dépendantes de leurs publics et agissent sans s’appuyer sur l’écosystème, plus l’offre de soin est vécue comme aliénante. C’est l’un des effets néfastes de la sectorisation de la prise en charge sociale et médico-sociale que nous pensons pouvoir atténuer par les effets bénéfiques du séjour culturel à l’étranger.

 

Il s’agit de leur faire entendre que la culture dont certains sont issus, reste plus que jamais, estimable, et qu’elle a sa place pour le guider dans la construction positive de son parcours de  vie, loin de tout regret haineux. 

[1] Paul Fustier, les corridors du quotidien, Dunod, 2014 (1ère édition 1993). Paul Fustier (1937-2016), professeur émérite de psychologie à l’Université de Lyon. Il joua un rôle central dans la structuration de la clinique du champ social et médico-social. L’intégralité de son oeuvre est éditée chez Dunod.

Texte © Julien Tardif